Méthodologie des apprentissages de base: Apprentissage de la lecture
Introduction
Pour ce travail, j'ai eu l'occasion de m'entretenir par appel téléphonique avec 3 professeurs qui enseignent ou ont enseigné depuis de nombreuses années en première maternelle. J'ai donc décidé de présenter leurs 3 méthodes d'apprentissage de la lecture pour pouvoir mettre en avant leurs points communs et leurs différences.
Présentation des professeurs et de leur.s méthode.s
N°1 I. B. est une institutrice primaire bruxelloise qui travaille depuis peu avec la méthode Pilotis.
C'est une méthode qui se fait via une approche synthétique (L'enfant part des unités les plus petites pour former des unités plus longues: lettre > syllabe > mot > phrase > texte). Elle se base sur l'utilisation de manuels de lecture syllabique (combinaison de graphème-phonème, manipulations syllabiques et phonémiques, lexique enrichi et lié au graphème étudié, quelques pages pour travailler la grammaire, ...) La découverte des sons se fait via des comptines (Mme I.B. précise que, selon l'ambiance de la classe et l'envie des enfants, elle utilise parfois des chansons, des devinettes, des histoires, ..).
Pilotis met aussi l'accent sur le sens en proposant des lectures d'albums jeunesse (d'abord lues par l'adulte puis petit à petit par l'enfant lui-même)
A cette méthode, Mme I.B. ajoute une boite à mots où peuvent se trouver tous les mots vus dans le livret du moment et les petits mots appris par cœur comme "il y a", "le", "la", "les", "dans", "sur", ...
Elle utilise également un cahier de lecture appelé "le cahier des sons" dont voici une page:
source: image fournie par le professeur
- Organisation durant l'année et remarques éventuelles Mme I.B. consacre plus ou moins deux périodes par jour à la lecture (phonologie, jeux de rimes, syllabiques, compréhension, vocabulaire). Mais comme la lecture intervient dans tous les domaines, elle fait souvent des liens avec les sons vus.Elle donne également des petits livres à lire en fonction des capacités et de la demande des élèves mais souvent aux alentours de Noël comme les collections "Sami et Julie" ou "Eclats de lire" (éditions Averbode, Bonjour).La méthode est efficace, les enfants savent déjà se débrouiller autour de Noël, en général. Pour certains, cela vient plus tard mais Mme I.B. insiste sur le fait que les enfants ont 2 ans pour apprendre la lecture et qu'il ne faut pas s'inquiéter.
- Les référentiels présents en classe
sources: images fournies par le professeur
- conclusion
Comme dit plus haut, la méthode Pilotis se fait via l'approche synthétique (on part des plus petites unités lexicales vers les plus grandes). Cette approche met l'accent sur le décodage plus que sur le sens. C'est également une approche traditionnelle car elle se fait via des manuels de lecture et des textes écrits dans le but d'apprendre à lire.
La boite à mots utilisée en plus de la méthode pilotis s'apparente d'avantage à la méthode globale puisque l'enfant doit apprendre par coeur certains petits mots. Cela va lui permettre d'atteindre le stade orthographique, de reconnaitre directement le mot et donc de l'aider à comprendre le sens de la phrase.
Mme I.B. a donc une approche mixte de l'apprentissage de la lecture.
N°2 S. K. est institutrice primaire en Wallonie depuis 20 ans et a passé la moitié de sa carrière à travailler en première primaire. Elle travaille avec la méthode des alphas car, selon elle, il s'agit d'une méthode très ludique et qui permet aux enfants, encore fort jeunes, de trouver un côté affectif à la lecture.
- Qu'est-ce que la méthode des alphas?
Le point fort de la méthode, selon elle, est de proposer des histoires qui illustrent les "bizarreries de la langue française" (exemple: la différence entre c, ç,qu ...). Cette méthode a même inventé une "excuse" pour passer à l'écriture en tant que telle: pour se cacher de la méchante sorcière Furiosa, la fée va les transformer en lettres scriptes. Ainsi, la sorcière ne les trouvera plus. Dès fin septembre, les exercices se font en lettres scriptes et plus rarement en lettres cursives.
En plus de la méthode des alphas, Mme S.K. fait découvrir chaque semaine à ses élèves un mot usuel appelé "mot-cœur". Ces mots sont à apprendre par cœur pour permettre aux enfants de décoder plus rapidement les groupes nominaux/phrases.
Mme S.K. met également en place une fois par mois un cercle de lecture où elle lit un album et met en avant le livre, ses inférences, les images, les intentions de l'auteur, ... Le but est de donner aux enfants le gout de la lecture.
Pour les élèves qui ont des difficultés, Mme S.K. possède un logiciel qui met les sons en couleur dans les documents.
Elle utilise également les signes Borel-Maisonny pour permettre aux enfants de passer par le corps vécu afin d'aider à l'apprentissage.
Chaque jour, le dernier quart d'heure de la journée est consacré à la lecture: soit c'est elle qui lit une histoire, soit c'est un élève, soit c'est une découverte libre d'un livre.
- Organisation durant l'année et remarques éventuelles
Après avoir travaillé les sons composés en début d'année, Mme S.K. travaille généralement les "sons complexes" d’abord par une séance de phonologie, puis avec l’histoire des alphas
liés au sons, puis via des exercices sur papier. Tous les sons seront vus en première primaire. Cela fait 8 ans que Mme Kaiser utilise cette méthode et elle en est satisfaite.
- Les référentiels présents en classe
- conclusion
Les alphas possèdent une approche mixte. En effet, la découverte de chaque personnage-lettre se fait selon un contexte, par la découverte d'une histoire (approche analytique), mais par la suite, ces lettres peuvent être apprises individuellement ou en se "collant" les unes aux autres pour former une syllabe (approche synthétique).
Tout comme la boite à mot de mme I.B., le mot coeur a cette même fonction de reconnaitre instantanément un mot et donc de pouvoir focaliser son attention davantage sur le sens que sur le décodage (approche analytique).
L'approche, du point de vue matériel, se fait via des histoires puis sur feuille d'exercices. On peut donc parler d'approche traditionnelle.
Mme S.K. laisse également une grande place au plaisir de lire en passant par des moments de lecture individuels ou en groupes.
Elle passe également par le corps vécu.
L'apprentissage de la lecture se fait donc dans une approche mixte dans un contexte de plaisir et d'imaginaire qui motive les enfants.
N°3 M. S. est institutrice primaire depuis 23 ans et forme également des futures instituteurs.trices dans une Haute Ecole de Bruxelles. Elle a travaillé l'apprentissage de la lecture à l'aide d'albums jeunesse pendant longtemps et a décidé cette année de changer de méthode car la population qu'accueillait son école avait de plus en plus de difficultés avec cette méthode. Elle a donc recréé un cours sur la base de la méthode CODEO et en utilisant les alphas et la méthode Borel-Maisonny.
- L'utilisation d'albums jeunesse dans l'apprentissage de la lecture
Elle utilisait également un système de mots-étiquettes qui reprenaient des mots rencontrés dans les albums. Elle faisait de nombreux jeux avec ces mots: les enfants pouvaient construire des phrase à l'oral, associer des familles de mot, jouer avec les différents sons rencontrés dans le mot... Elle créait des plateaux de Loto avec l'image et il fallait y reposer le bon mot, ... L'important était de varier les manipulations.
- La méthode CODEO et les alphas
Voyant la difficulté grandissante des élèves avec cette méthode, Mme M.S. et ses collègues optent pour une nouvelle méthode appelée CODEO. CODEO est un manuel qui comprend 500 fiches détachables. Il est divisé en 5 grandes parties:
- Les rituels de concentration
- La discrimination visuelle et auditive
- Le code alphabétique : exercices, jeux et évaluations
- Les confusions de sons
- La fluence
L'apprentissage du code alphabétique se fait dans l'ordre suivant:
source: https://codeo.mdi-editions.com/9782223113651
En parallèle de Codéo, Mms M.S. utilise également les alphas comme outil supplémentaire. Les enfants avaient déjà découvert les alphas dès Pâques en M3. Mme M.S. fait donc un rapide rappel la première semaine. Le but n'est pas que les enfants lisent des mots en alphas puisque cette langue n'existe pas. Elle privilégie les alphas pour travailler la phonologie (la reconnaissance, la reproduction et la classification à l'écoute ou via les images d'un son). Le côté affectif des alphas est un point fort mais il ne faut pas s'y enfermer.
Mme M.S. utilise également ce qu'elle appelle le parcours jaune. Il s'agit de fiches différenciées pour les enfants qui auraient plus de difficultés dans la lecture. Dès qu'une de ces fiches de révision est acquise, on passe à la suivante. Ces feuilles sont jaunes pour bien les différencier des autres. Il s'agit d'un chemin alternatif pour apprendre à lire. Très souvent, les enfants qui utilisent le parcours jaune finissent par rattraper les autres enfants au niveau du mois de mars. Mme M.S. insiste sur le fait que ce parcours n'est pas source de discrimination car elle a instauré un climat de classe où tous les enfants comprennent le principe de différenciation et comprennent que chaque enfant n'avance pas au même rythme. La difficulté doit pouvoir être reconnue sans honte.
exemple de parcours jaune source: image fournie par le professeur
Si nécessaire, elle utilise aussi la méthode Borel-Maisonny car elle est utilisée par les logopèdes de l'école. C'est une méthode qui n'est pas obligatoire pour tous les élèves.
- Organisation durant l'année et remarques éventuellesMme M.S. déclare qu'un enfant a 2 ans pour apprendre à lire. Cependant, il ne faut pas que cet argument serve d'excuse à avancer trop lentement. En moyenne, un tiers d'une classe a le déclic de la lecture aux alentours de Noël. Une fois les sons fixés, le transfert se fait très vite. Le 2e tiers de la classe a un déclic aux alentours de mars et le dernier tiers de la classe s'aligne pour la fin de l'année. En général, donc, tous les enfants savent lire à la fin de la première année bien que de plus en plus présentent des troubles d'apprentissage.Mme M.S. estime que l'entrée dans la lecture se fait en plusieurs étapes. D'abord, il faut les prérequis nécessaires en terme de vocabulaire pour comprendre le sens. Ensuite, il faut une bonne maitrise des sons à l'oral: s'ils ne sont pas installés, entrer dans la lecture est plus difficile. Enfin, il faut que les enfants aient un rapport positif à l'écrit et à la lecture pour trouver la motivation nécessaire à apprendre.
En terme d'organisation, Mme M.S. privilégie l'accès aux livres lors des temps libres et organise 3 fois par semaine, avec l'aide de la polyvalente, un "temps d'entrainement individuel" où les enfants peuvent lire un livre ou faire d'autres activités autour de la lecture. Au terme de ce moment, un élève peut présenter un bout de ce qu'il a lu. La longueur du texte variera pour chaque enfant. Il s'agit d'un enjeu, une motivation pour eux.
- Les référentiels présents en classe
La boite de la croix rouge est la boite contenant tous les référentiels que les enfants peuvent aller chercher librement lorsqu'ils en ont besoin.
On y trouve :
- L'alphabet des 4 écritures
- La vignette "sens de l'écriture"
- Des fiches d'entrainement sur l'écriture des nombres
- Des cartes de mots-outils
- Étiquettes d'association des différentes écritures ou de création de syllabes/mots
- ConclusionInitialement, Mme M.S. travaillait sur base d'albums jeunesse ou autre support: Elle utilisait ces supports comme base pour l'apprentissage. Il s'agit ici d'une approche naturelle basée sur la littérature. Elle a pour but de favoriser les situations porteuses de sens, tout en donnant accès a des activités de décodage, de phonologie etc. C'est donc une approche mixte.Comme les deux professeurs précédents, elle utilise un système de mots-étiquettes (approche analytique) pour que l'enfant ait plus facilement accès au sens. Elle ne les fait pas apprendre par coeur mais propose des activités ludiques à faire avec ces étiquettes.Depuis récemment, mme M.S. utilise la méthode CODEO qui se base sur une approche synthétique et systématique. Nous avons vu dans le cours de madame Genard qu'il valait mieux commencer à faire apprendre aux enfants les voyelles, puis les consonnes fricatives (f, v, ..) et terminer par les occlusives qui sont les plus difficiles. On remarquera que, dans la méthode CODEO, cet ordre est moyennement respecté bien que l'on commence évidemment par l'apprentissage des voyelles.Mme M.S. utilise également les alphas comme outil d'introduction au nouvel apprentissage.Elle met également un point d'honneur à différencier son apprentissage via le parcours jaune (approche traditionnelle sur papier) et la méthode Borel-Maisonny (corps vécu)Madame M.S. travaillait donc initialement de façon mixte, mais devant la difficulté de ses élèves, a préféré se centrer sur une approche plus synthétique tout en différenciant les apprentissages pour chaque enfant. Elle garde cependant les Alphas comme outil de sens et affectif pour les enfants.
Conclusion
Nous pouvons constater que les 3 professeures interrogées tendent vers une approche mixte mêlant le décodage et le sens. Cependant, chacune a ses particularités: diversité des approches, activités ludiques, différenciation pour chaque élève, notion du plaisir de lire...Nous remarquerons également que l'approche traditionnelle (via des manuels, des textes dédiés à l'apprentissage ou des exercices papier) est la plus répandue.Je suis satisfaite d'avoir pu interroger plusieurs professeurs car, en tant que future orthopédagogue, cela ouvre ma vision des possibles et me permet d'avoir différents points de vue qui mettent chacun l'accent sur quelque chose de différent mais tout aussi important. Grâce à ces recherches, je serai capable de mieux aider un enfants de maternelle dans sa découverte progressive de la lecture car je comprends mieux à présent vers quel type d'apprentissage il tend l'année suivante.






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