Enfants malades et méthodologies adaptées
intervention de deux institutrices de l'école Robert Dubois
Présentation des intervenantes et de leur école
Nous avons eu une discussion avec deux institutrices de l'école Robert Dubois par Zoom. L'une était institutrice maternelle depuis 17 ans dans une classe de l'école, l'autre est institutrice primaire à l'école Robert Dubois depuis plus de 20 ans. au départ elle travaillait en classe mais maintenant elle se rend dans les différents services, dans les chambres des enfants qui n'ont pas le droit, les capacités ou les défenses immunitaires nécessaires à fréquenter une classe.
L'école Robert Dubois est annexée à l'hôpital Reine Fabiola à Bruxelles, qui est spécialisé dans l'accueil d'enfants malades.
L'école accueille des enfants avec des pathologies aussi bien somatiques (maladies graves) que psychiques (décrochage, harcèlement, maladies psychiatriques, traumatismes, ..) . Elle propose un enseignement maternel, primaire et secondaire.
Fonctionnement de l'école
L'idée est d'accueillir l'élève comme il est et de l'emmener le plus loin possible en fonction de ses capacités, de sa motivation et du temps pour ne pas qu'il se "casse la figure" lors de son retour dans l'école d'origine. Les parents ont souvent peur de voir leurs enfants "ne rien faire" mais l'école à l'hôpital veut d'abord offrir des bases solides aux enfants avant d'entamer les apprentissages. Souvent, les parents plus anciens rassurent les nouveaux parents.
Il y a aussi une catégorie d'enfants appelée les "enfants SOS" qui sont ceux qui ont rejoint l'hôpital après avoir subi des sévices (violences, ...) Ces enfants sont internés 24h sur 24 avec leurs frères et sœurs dans une même chambre. Ils ne sont pas toujours faciles à aborder et partent souvent du jour au lendemain sans même avoir pu dire au revoir.
Chaque adulte de l'institut a son service attitré depuis que l'équipe s'est agrandie. De plus, cela a permis une meilleure commodité aux enfants qui peuvent recevoir les professeurs en chambre.
A l'école Robert Dubois, il y a deux possibilités:
Certains enfants, qui peuvent quitter leur chambre d'hôpital, viennent suivre les cours par petits groupes dans des classes. Pour l'instant, ce sont des assez petits groupes composés de moins d'une dizaine d'élèves. Après les fêtes, le nombre augmente toujours un petit peu car plusieurs élèves en décrochage scolaire se rajoutent à la liste.
L'école Robert Dubois accueille également des élèves qui ont guéri de leur pathologie mais dont les défenses immunitaires ne sont pas encore suffisantes pour regagner une école ordinaire.
En maternelle, les enfants arrivent généralement en bus. Les institutrices ne voient donc que très peu les parents à la différence de l'enseignement ordinaire où les enfants sont souvent accompagnés de leurs parents à l'arrivée et à leur départ. Ils organisent cependant des réunions de parents 3 fois par an. Malgré tout, les parents restent exigeants vis-à-vis de leur enfant (bien qu'ils soient toujours en maternelle), ils veulent que celui-ci sache écrire les chiffres et son prénom principalement et il faut souvent leur rappeler que ce n'est pas une priorité. Les enfants, dès la maternelle, viennent à l'école de 8 à 16 heures. Parfois, les plus jeunes viennent progressivement: ils commencent par une demi-journée puis augmentent petit à petit leur présence mais très vite, ils viennent 5 jours par semaine. C'est la même chose pour les élèves qui ont une phobie scolaire. Les parents viennent d'abord présenter l'enfant. Celui-ci reste dans le couloir, par la suite, il rentre 5 minutes en classe puis 1 heure, fait connaissance avec les autres élèves, ... tout se fait petit à petit au rythme de l'élève. On ne forcera jamais un enfant qui se braque, on essayera de l'inclure dans le groupe et les activités au maximum.
Des prises en charge peuvent être faites durant le temps scolaire mais il s'agit surtout de logopédie ou de kinésithérapie et non de traitements lourds.
Tous les matins, la présence des enfants de l'hôpital à l'école dépend de l'appréciation de l'état de santé par le médecin. Évidemment, les institutrices qui travaillent à l'hôpital n'ont aucune formation sur les différentes pathologies. Elles apprennent tout sur le terrain.
- L'accompagnement scolaire en chambre
Certains enfants ne peuvent pas se permettre de quitter leur chambre. Soit, car ils ont besoin d'un lieu entièrement stérilisé, soit au contraire, car c'est eux qui ont une maladie transmissible.
Il peut également s'agir d'enfants en dialyse, qui doivent rester dans leur lit pendant que l'on nettoie leur sang. Dans ce cas, l'institutrice vient donner des cours en chambre.
Dans le cas de la dialyse, les enfants de maternelle viennent au matin et ceux du primaire viennent l'après-midi. Cela permet avec les seconds de poursuivre les apprentissages vus en classe, de faire de la remédiation ou de les aider avec leurs devoirs. Souvent, les enfants sont en retard par rapport au niveau attendu. Alors, les institutrices de l'école Robert Dubois recontactent l'école d'origine pour demander l'autorisation de cesser le suivi de l'école d'origine et pour pratiquer une réadaptation.
En chambre stérile, c'est un moment privilégier que passe l'enfant avec son institutrice. Parfois, celui-ci a besoin de parler, de poser des questions. toutes des choses qu'ils n'osent pas aborder avec leurs parents de peur de les faire pleurer ou parce qu'ils ressentent le malaise. L'institutrice doit alors mettre les apprentissages de côté et jouer le rôle de psychologue.
Les difficultés rencontrées par les institutrices
- difficultés émotionnelles
Dans ces écoles plus qu'ailleurs, les enfants sont confrontés à la mort de leurs amis. Pour l'institutrice, il est difficile d'aborder cela en maternelle, avec de si petits enfants. Elle avoue parfois mentir et prétendre que l'enfant est retourné dans son école d'origine lorsque les enfants la questionnent. Elle sait bien que les enfants ne la croient pas toujours et elle les entend parler entre eux de la mort de leur copain. Parfois, elle fait appel à la psychologue de l'école pour venir en discuter avec eux.
Il n'y a aucun service automatiquement proposé pour aider les institutrices confrontées à la souffrance et au décès de leurs élèves. Comme mentionné plus haut, les enfants confient aussi parfois des
raisonnements et des questions qui peuvent aussi être compliqués à gérer
pour les adultes et qui nécessiteraient un suivi. C'est d'autant plus difficile que les institutrices ont pu suivre ces enfants tous les jours pendant 6 mois ou 1 an, qu'ils ont eu l'occasion de parler aux parents et de s'attacher à la famille.
Chacun procède à sa manière: être présent les derniers instants pour dire au revoir, écrire une lettre, aller voir un psychologue externe, se mettre dans sa bulle, en discuter dans sa sphère familiale ... Il est important que les instituteurs.trices sentent leurs limites et puissent dire lorsque le travail est trop dur pour pouvoir changer de service ou même d'institution par la suite. Il faut savoir passer la main au bon moment.
Après avoir insisté pour mettre quelque chose en place, les institutrices ont finalement obtenu le droit de se rassembler dans des groupes de parole non obligatoires toutes les 6 semaines pour faire le point et partager leur état d'esprit.
- difficultés sur le plan de l'apprentissage
Les élèves qui arrivent à l'école Robert Dubois ont souvent été peu scolarisés par le passé.
Ils peuvent rester toute une année scolaire ... ou seulement 6 mois... ou arriver en cours d'année. Ce n'est donc pas toujours facile de s'adapter à chacun. De plus, dans une même classe, les âges sont assez écartés. Il faut donc également prévoir une activité commune et ensuite la décliner selon tous les niveaux. Certains élèves primo-arrivants ne parlent pas la langue du pays. L'école les met donc en maternelle pour ainsi leur permettre de découvrir la langue dans un contexte de jeu et de découverte plus sécurisant. Il y a aussi la question des enfants ayant une phobie scolaire qu'il faut parvenir à apprivoiser et à qui il faut faire ré-apprécier l'école.
Résumé des adaptations d'une école à l'hôpital:
- proposer divers lieux d'apprentissages (classe, chambre);
- varier les techniques d'approche (classe traditionnelle avec tableau, craie et cartables ou sortie du cadre et détournement des situations d'apprentissage selon ce dont a besoin chaque élève);
- s'adapter au temps pendant lequel l'élève reste à l'école Robert Dubois;
- s'adapter à ce qui est fait dans son école d'origine, s'adapter au rapport entre ce qui est attendu de lui et ce dont il est capable;
- s'adapter aux envies, à la motivation de l'élève;
- prioriser le bien-être de l'élève à son apprentissage;
- décliner une même activité selon le niveau et l'âge des enfants de la classe;
- gérer la pression des parents à propos de la vitesse d'apprentissage des enfants;
- gérer le côté émotionnel lié à la perte d'un élève, à des questions déroutantes ou au départ soudain de l'élève;
- accepter que les institutrices ne peuvent pas aider tout le monde et qu'elles peuvent être confrontées à un échec (ne pas avoir réussi à ce qu'un élève dépasse sa phobie scolaire, par exemple);
- être capable de s'adapter à tout moment (un coup de mou de la part d'un élève, un nouvel arrivé ou autre sont de petites choses qui chamboulent vite une journée de cours à l'hôpital).
Conclusion
Comme nous avons pu le voir dans le cours d'introduction d'enfants malades, la prise en charge de ces enfants est très variée d'un institut à l'autre mais aussi d'un enfant à l'autre. A nouveau, il faut garder en tête que le bien-être de l'enfant est central et que les institutrices, bien qu'elles y mettent beaucoup d'énergie et d'implication personnelle ne sont pas des sauveuses. L'école à l'hôpital donne à certains enfants une bouffée d'oxygène dans leur thérapie et pour d'autres, il s'agit de la thérapie elle-même. Le rapport à la mort est également différent dans ces écoles qu'ailleurs et il est important que l'institutrice puisse connaitre ses limites par rapport à la charge émotionnelle que cela peut procurer.
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