Déficience visuelle

 Déficience visuelle

 I. Réponse aux questions

Ces réponses ont été données par M. Mbo Gonda, atteint d'une déficience visuelle.

1. Perception et acceptation du handicap sensoriel

  • Comment êtes-vous devenu malvoyant (maladie, accident) ? Quel type de maladie était-ce? (explication, progression, quelques mots d’explications) ? Comment l'avez-vous appris?

A la suite d'un glaucome congénital. Il s'agit d'une affection rare qui touche le plus souvent les deux yeux. Il est dû à la persistance d'une membrane embryonnaire responsable de l'obstruction de l'angle irido-cornéen (angle entre l'iris et la cornée). Cela provoque l'augmentation de la pression intra-occulaire et peut, par la suite, causer une cécité partielle ou totale.


 

Il avait été diagnostiqué vers l'âge de 6 - 7 ans et les premières manifestations sont apparues à l'âge de 8 - 9ans. Cette maladie, une fois repérée doit être traitée par opération chirurgicale dans les plus brefs délais, ce qui n'a pas pu être le cas chez M. Mbo Gonda. Lorsque la maladie a été repérée chez monsieur, il était déjà trop tard pour agir car la maladie était déjà à un stade trop évolué.

  • Comment le vivez-vous maintenant?

Il essaye de le vivre le plus normalement possible. Il a une épouse et deux enfants et une vie relativement normale. Longtemps M. Mbo Gonda est resté fort pour ne pas brusquer la structure familiale.

  • Comment s’est effectuée l’acceptation du handicap, quelle a été votre réaction face à l’apparition du handicap ?

M. Mbo Gonda a assez vite accepté la situation. Dans un premier temps, il a ressenti de la révolte car il avait des ambitions et s'est senti freiné. Il estime cependant avoir de la chance que cela lui soit arrivé très jeune car il a ainsi pu mettre en place des mécanismes de compensation et s'adapter assez rapidement.

Ce fut plus difficile pour sa maman qui resta longtemps dans le déni mais le comportement fort et résilient de son fils lui a permis finalement de passer à l'étape du deuil. Elle avait à coeur que son fils poursuive ses études mais ne le pensait pas capable suite à son handicap. Monsieur Mbo gonda l'a tout de même fait.

  • Quelle incidence votre déficience visuelle a-t-elle eu  sur votre personnalité ?

Quand on est en situation de handicap, on se sent diminué. Cela a joué sur sa personnalité car il a dû faire face à de nouvelles difficultés et à des freins au niveau scolaire ou au niveau d'activités qu'il ne pouvait plus pratiquer. Sa déficience lui a donné la volonté de s'affirmer d'avantage pour ne pas se laisser écraser. Cela lui a donné envie d'être le plus autonome possible.

 

2. L’autonomie dans la vie quotidienne

 2.1 Les déplacements

  • Avez-vous des difficultés à vous déplacer en rue ?

Oui, surtout dans des endroits inconnus car sa difficulté principale est de retrouver son chemin.

  • Vous arrive-t-il de demander de l’aide en rue pour trouver votre chemin ou autres ? est-ce une tâche facile pour vous ?

Très souvent, oui. D'ailleurs ce n'est pas toujours facile, il se sent parfois incompris par les gens qui ne se rendent pas compte qu'il a des problèmes de vue. Il prévient toujours qu'il est malvoyant lorsqu'il demande son chemin. 

Pour les endroits qu'il connait, il a ses repères. De façon générale, il préfère affronter la situation car ainsi, il saura placer ses repères propres plutôt que de se faire aider.

  • Trouvez-vous que les adaptations mises en place sur la voie publique sont suffisantes et adaptées à vos besoins spécifiques ? 

Les adaptations mises en place dans la rue sont utiles mais pas du tout suffisantes. Depuis 10 ans, il a cependant remarqué une amélioration et une augmentation de ces adaptations. 

Les adaptations qui lui sont utiles et qui devraient être développées partout sont:

- les ascenseurs parlants pour connaitre l'étage où l'on se trouve;

- les adaptations tactiles en braille (sur les boutons de l'ascenseur, sur les plaques de métro, pour certaines explications de monuments, ...);

-  les feux parlants ou bippants pour signaler qu'on peut traverser;

- les dalles tactiles dans la rue ou dans les stations de métro pour montrer où se trouve la limite de la voie ou guider vers le passage pour piétons;

- les arrêts des transports en commun de la STIB prononcés à voix haute (ce qui fait encore défaut en Wallonie et en Flandre).

  • Quelles compensations et adaptations avez-vous mises en place pour faciliter vos déplacements ?

Il utilise beaucoup l'ouïe pour repérer d'où viennent les voitures, par exemple ou le toucher pour repérer les obstacles. On lui a également appris à se servir de "ce qui lui restait de sa vision".

Il peut également utiliser une canne blanche ou des lunettes lorsque la luminosité est forte et l'éblouit en été.

 

2.2  Les tâches quotidiennes

  • Quelles tâches impliquant la coordination manuelle vous posent problème ? (se servir des couverts, se servir à boire, utilisation du téléphone,…)

o   monter, descendre les escaliers:NON

o   difficultés lors de l’habillage: NON

o   se servir de couverts:OUI

o   se servir à boire: moyennement. Le toucher l'aide beaucoup

o   utilisation du téléphone: OUI car il existe un logiciel incorporé dans tous les Android et Apple permettant à l'appareil de "parler" et donc de lire les messages. Il existe aussi des commandes vocales.

o   autres : couper de la viande est son défi principal car il a du mal à se positionner par rapport à l’assiette et au récipient en général.

 

3. Difficultés fonctionnelles et adaptations

  • Éprouvez-vous des difficultés pour lire ? (utilisez-vous des moyens technologiques pour y remédier ?) Si oui, lesquels ?

M. Mbo Gonda a des difficultés pour lire et utilise des logiciels spécifiques comme JAWS qui permettent de faire des synthèses vocales ou pour lire tout ce qui se trouve à l'écran.

Il pourrait éventuellement utiliser le grossissement mais il reste très lent pour la lecture et privilégie donc des logiciels parlants.

  • Utilisez-vous le système tactile « braille » pour la lecture ?

Oui, il a appris le braille et l'utilise pour lire et même pour écrire. D'ailleurs, il rédige tous ses cours en braille avec la machine à écrire Perkins. 

  •  Utilisez-vous des technologies pour vous aider dans votre vie quotidienne ? (logiciel, machine, etc. ?)

Oui beaucoup. Ce sont surtout des logiciels qui lui sont très utiles pour la lecture et écriture

Il y a notamment le logiciel JAWS


M. Mbo Gonda utilise également la machine à écrire Perkins


Il utilise également la fonction OmniPage sur les scanners qui permet de lire oralement ce qui
est écrit sur un courrier dactylographié.
Il utilise aussi Scribe Braille qui est un outil permettant de prendre des notes tel un bloc-
note et de pouvoir les transférer sous forme de fichiers vers un ordinateur. 
Il utilise également une embosseuse braille (= une imprimante qui imprime en "bosses", 
en relief, en braille).
  • Avez-vous eu l’occasion d’explorer et de connaitre les futurs lieux scolaires (se repérer dans l’espace, trouver les locaux, etc…)

 Oui. Heureusement, en tant qu'étudiant, à chaque fois qu'il se rendait dans une nouvelle école, "La Lumière", une association pour personnes malvoyantes venait l'aider à trouver ses repères essentiellement pendant les 3 premiers mois. Ils l'aidaient à repérer les différents locaux ou les endroits importants comme le réfectoire ou les toilettes, à faire le trajet de la maison jusqu'à l'école.

Heureusement, le nouveau décret inclusion permet maintenant à l'enfant de poursuivre sa scolarité en secondaire dans un même local, ce qui facilite les problèmes de déplacement.

M. Mbo Gonda raconte que, souvent, ses camarades de classe l'aidaient à se déplacer dans l'école.

  •  Vous arrive-t-il d’utiliser des schémas en 3D pour apprendre à connaître un lieu ?

Les schémas 3D sont des sortes de cartes en relief qui permettent de se repérer dans un nouvel environnement. M. Mbo Gonda en utilisait surtout lorsqu'il était plus jeune. Il pense notamment à l'époque où la gare des Guillemins a entièrement été rénovée.

Ces cartes peuvent être obtenues auprès du Service "La Lumière". Pour utiliser ces cartes, il faut être capable de se rappeler ses connaissances antérieures sur le monde "visuel" et associer les explications verbales au toucher du schéma 3D. Les gens atteints de cécité totale ont plus de difficultés à utiliser le schéma 3D. Ils se concentrent alors uniquement sur le toucher et sur les moindre détails.

  •  Éprouvez-vous des difficultés avec votre gauche ou votre droite ?

Non , il n'a aucun problème de latéralité.

  • Éprouvez-vous d’autres difficultés d’ordre psychomoteur ?

Non mais ça pourrait venir avec la vieillesse mais pas à cause du handicap. 

  • Éprouvez-vous des difficultés avec votre schéma corporel ?

Non.

  • Avez-vous été aidé par une quelconque institution ? Connaissez-vous l’existence d’asbl (le 3e œil,…) proposant un service d’accompagnement pour des étudiants présentant une déficience visuelle ?

M. Mbo Gonda a été aidé par plusieurs institutions en fonction de l'endroit où il vivait.

La lumière, une ASBL située à Liège qui accompagne les personnes malvoyantes de tout âge avec l'aide de professionnels et qui vise à un épanouissement et un accomplissement dans diverses activités et animations culturelles.

La ligue braille, une association qui agit dans toute la Belgique et qui a pour but de favoriser l'inclusion des personnes malvoyantes  et de favoriser la recherche technologique opérationnelle et médicale dans le domaine du visuel.

L'AVIQ (agence pour une vie de qualité) est une ASBL wallonne qui tourne autour de 3 grands pôles: le bien-être, la famille et le handicap. En matière de handicap, elle a un rôle de sensibilisation, de financement, d'aide à l'aménagement du domicile et de soutien dans l'accueil et l'hébergement des personnes en situation de handicap.

L'eqla, anciennement œuvre nationale des aveugles (ONA) est une association dont les missions sont d'accueillir et de conseiller les personnes ayant une déficience visuelle, construire avec elles des situations autonomes, sensibiliser la population et les professionnels au handicap.

Les amis des aveugles qui a également un objectif d'aide, d'accompagnement et de sensibilisation autour des personnes porteuses d'une déficience visuelle. Elle propose également un sport, le cécifoot (sport adapté aux personnes mal voyantes avec un ballon sonore), 

Le Cedres, qui est un centre de recherches pour étudiants universitaires à besoins spécifiques (principalement aveugles malentendants ou dys.

  • Avez-vous ou bénéficiez-vous d’une aide venant d’un professionnel (orthoptiste, ergothérapeute, logopède,…) ? Si oui, avec quel professionnel avez-vous entamé une « rééducation » ? Cette prise en charge est-elle terminée ? Quelle a été la durée de cette prise en charge ?

Il a reçu une prise en charge au début de sa carrière: une dame de l'asbl La Lumière venait 2 à 3 fois par mois pour voir si tout était en ordre pendant une dizaine d'années.. Par la suite, il n'en a plus eu besoin et actuellement n'a plus de prise en charge.

  • Vous a-t-on appris à utiliser une canne ?

Oui, lors de cette rééducation.

  • Avez-vous développé des capacités au niveau des autres modalités sensorielles   (odorats, le toucher global, le toucher fin, l’audition, maîtrise de la force gestuelle,…) ? Si oui, comment avez-vous entrainé ce sens?

Oui, principalement les autres sens: le toucher, l'odorat, un peu moins le goût.

Il les a entrainés par des mises en situation devant un fait accompli.

 

4. La scolarisation

  • Avez-vous rencontré des difficultés au niveau scolaire (si oui lesquels) ? Des adaptations à vos besoins spécifiques ont-elles été mises en place lors de votre arrivée dans l’enseignement (primaire, secondaire et supérieur) ?

Oui. D'abord, la prise de notes qui était vraiment une difficulté majeure.

Il y avait aussi l'incompréhension de certains professeurs face à son handicap. Ils ne voulaient pas toujours adapter leur cours. Par exemple, en géographie, le professeur ne voulait pas donner ses schémas à M. Mbo Gonda qui avait pourtant besoin de les mettre en relief pour pouvoir les étudier.

En secondaire, il avait une aide pédagogique qui prenait note. Lorsqu'il est arrivé à l'université, il n'avait plus droit à cette aide et enregistrait ses cours en audio et en refaisait des résumés chez lui. Heureusement, il avait accès aux ressources du Cèdre qui adaptait ses schémas, etc. A l'université, ce sont surtout les cours de statistiques qui lui ont posé problème.

Ces examens se déroulaient essentiellement à l'oral à l'aide de l'asbl La Lumière. Lorsqu'il fallait rendre des travaux écrits, M. Mbo Gonda rendait parfois des disquettes avec un enregistrement dessus.

L'apparition des ordinateurs a facilité l'autonomie des personnes malvoyantes.

  • Avez-vous eu accès aux études que vous désiriez ? Si non, pourquoi ?

Non. Initialement, M. Mbo Gonda voulait faire des études de médecine mais c'était impossible de devenir médecin en tant que personne malvoyante. Il a donc cherché un métier qui était compatible avec son handicap et il a choisi la pédagogie. Il a donc fait une licence en psychopédagogie puis un a obtenu un diplôme d'approfondissement en orthopédagogie clinique et enfin, il a fait une thèse de doctorat.

  • Est-ce que des appareils sont mis à votre disposition afin de faciliter la lecture des ouvrages dans la bibliothèque de votre établissement scolaire ?

Non, Rien n'est adapté dans les bibliothèque pour les personnes atteintes d'un handicap visuel. Pour obtenir des livres adaptés en braille, on peut se tourner vers le 3e oeil, le triangle ou la ligue braille. Il existe aussi des livres écrits en capitales sur lesquels il est également écrit en braille. Les livres audios sont également une bonne alternative.

  • Les professeurs ont-ils accepté d’effectuer des adaptations dans leur manière de donner cours ainsi que dans leur système de cotation ?

Généralement oui mais il y a eu des exceptions (comme le professeur de géographie). C'était souvent des adaptations à l'oral. Parfois, on a voulu le décourager de poursuivre des études universitaires.

  • Un service d’aide est-il présent dans votre établissement scolaire actuel ?

Il a reçu de l'aide lors de ses études mais en tant que professeur, maintenant, il ne reçoit plus d'aide.

  • L’aide qui vous est apportée au niveau scolaire est-elle adaptée et suffisante ?

Quand il était étudiant, l'aide reçue a été suffisante.

  • Avez-vous dû faire des réorientations scolaires ? Si oui, pourquoi ?

Non.

 

5. Au niveau social

  • Quelles sont les répercussions de votre handicap visuel sur votre insertion socioprofessionnelle ?

Au début, il a eu du mal à entrer à De Fré en tant que professeur. Heureusement, il a été soutenu par de nombreux collègues (notamment Mme Frère, créatrice de la section en orthopédagogie)

Il a parfois des difficultés lors des visites de stage. Il demande alors à l'élève de venir le chercher à l'arrêt de tram ou de bus le plus proche.

  • Quel comportement les étudiants ont-ils adopté lors de l’annonce de votre handicap ?

Il y avait différents comportements. Certaines éprouvaient de la compassion, d'autres estimaient qu'il n'avait rien à faire ici et qu'il ferait mieux de rester chez lui, d'autres encore pensaient qu'il aurait dû obtenir une licence "spéciale" et pas la licence normale.

  • L’intégration au sein de la classe s’est-elle correctement déroulée ?

Oui, il n'a jamais eu aucun mal à s'intégrer nulle part.

  • Avez-vous eu l’impression que cela engendrait un frein à votre avenir ? Si oui, pourquoi ?

Non, cela n'a jamais été un frein; au contraire cela lui a permis une ouverture d'esprit. De plus, cela lui a donné la force de s'affirmer dans un groupe où il était toujours le seul à être malvoyant. Cela lui a aussi forgé son autonomie et ses capacités d'intégration.

  • Quel impact pensez-vous que cela a impliqué sur votre vie sociale?

Cela lui a inculqué des valeurs comme l'ouverture d’esprit, la coopération, la tolérance. 

  • Comment votre famille a-t-elle réagi lors de l’annonce du handicap ?

Sa maman a longtemps été dans le déni. Son papa, par contre, l'a vite accepté et s'est adapté.

Ses frères et sœurs n'ont eu aucune difficulté à l'accepter et ont été très compréhensifs.  

Pour ce qui est des amis, certains se sont rapprochés et d'autres ont pris peur. En même temps, il était très jeune.

 

 

Sources:

  • Wikipédia (2020) glaucome congénital, consulté en ligne sur
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Glaucome_cong%C3%A9nital le 5/01/21
  • Santé sur le Net (S.D) Glaucome, consulté en ligne sur
    photo https://www.sante-sur-le-net.com/maladies/ophtalmologie/glaucome/  le 5/01/21
  • Sensotec (S.D.) Jaws, consulté en ligne sur https://sensotec.be/fr/produit/jaws/ le 5/01/21
  • Sensotec (S.D.) Perkins, consulté en ligne sur  https://sensotec.be/fr/produit/standard-perkins-brailler/  le 5/01/21
  •  La Lumière (S.D.) A propose de La Lumière, consulté en ligne sur https://www.lalumiere.be/fr/propos-de-la-lumiere  le 5/01/21
  •  Ligue braille (2018) Ligue braille: Missions et approche, consulté en ligne sur https://www.braille.be/fr/a-propos-de-nous/la-ligue-braille/missions-et-approche  le 5/01/21
  • AVIQ (S.D.) L'AVIQ, une agence qui mène des politiques majeures, consulté en ligne sur https://www.aviq.be/mission.html le 5/01/21
  •  Eqla (S.D.) Eqla, nos missions, consulté en ligne sur https://eqla.be/qui-sommes-nous/mission-valeurs/  le 5/01/21
  •  Les amis des aveugles (2017) Les amis des aveugles et malvoyants: Présentation de l'association, consulté en ligne sur https://www.amisdesaveugles.org/presentation-amis-des-aveugles-1.html  le 5/01/21 
 

 II. Mon rôle d'orthopédagogue

Je me rends compte que M. Mbo Gonda a eu la chance de bénéficier de nombreux services et ASBL qui lui ont permis de réussir sa scolarité sans trop d'embuches. Tous ces services étaient extérieurs à l'école. Aujourd'hui, grâce aux orthopédagogues, des aides pourraient être fournies au sein même de l'école par des personnes qui pourraient presque quotidiennement suivre l'élève.

En écoutant le témoignage de M. Mbo Gonda, je me rends également compte que l'évolution des technologies a grandement facilité l'inclusion et la vie quotidienne des personnes déficientes visuelles: il existe une multitude de logiciels permettant de lire à haute voix ce qui se trouve à l'écran ou ce qui est dactylographié, d'écrire en braille ou d'utiliser des commandes vocales. Toutes ces choses n'étaient pas disponibles avant et c'est ce genre d'outils peu volumineux que l'orthopédagogue devra proposer à ses élèves et développer en classe.

Je me rends également compte que M. Mbo Gonda a eu de la chance de s'intégrer plus ou moins facilement dans des groupes d'enfants voyants mais que ce n'est pas le cas pour tous les enfants et qu'il faut absolument en parler ouvertement pour éviter les malaises et les tabous qui pourraient susciter par la suite des moqueries ou le rejet de l'enfant différent.

Je pense que l'orthopédagogue a toujours une fonction de sensibilisation que ce soit au niveau des élèves, des professeurs et de toute l'équipe éducative de l'établissement et qu'il a aussi un rôle à jouer dans la communication avec les ASBL et services extérieurs qui proposeraient des aménagements intéressants pour l'élève.

 


II. Résumé du livre « Nouveau regard sur la vision : enjeux, recherches, perspectives »

1.      La vision, décodage et interactions cognitives

Selon O’Regan K., la vision n’est pas seulement le résultat du décodage de ce que l’on voit mais également de la mémoire et de l’interprétation. La vision n’est donc pas la perception de ce que l’on voit mais une illusion créée par notre envie d’explorer le monde. Pour preuve, le traitement de l’information varierait en fonction de plusieurs facteurs : la lumière, le mouvement, la couleur, la texture du support, le mouvement de l’œil, le contexte … On sait également que l’œil utilise des connaissances préalables pour reconstituer une image en noir et blanc et pour lire (preuve en est la vitesse de lecture entre un mot connu ou non). En conclusion, il faut donc considérer l’œil dans un système d’interactions cognitives. Certains chercheurs pensent que le cerveau a des mécanismes de compensation pour parvenir à une image parfaite : nos représentations mentales aideraient la fabrication d’images par notre œil.

O’Regan n’est pas d’accord avec cette théorie. Pour lui, le monde serait comme une mémoire externe et notre système sensoriel permettrait de lire avec objectivité ce qui s’y trouve.

 

2.         Les images mentales créées par le cortex

Le fait de voir est précédé par une attente pendant laquelle on se « prépare » à ce que l’on va voir. Par conséquent, on est rarement surpris par ce qui s’offre à nous. La question est donc de savoir si nous nous attendons à ce que nous voyons ou si nous voyons ce à quoi nous nous attendions.

Nous savons qu’en l’absence de stimulations visuelles, le cortex n’est pas au repos mais produit toujours des images mentales qu’il envoie devant les yeux. Ce processus est très important dans le développement des individus mais nous ignorons son utilité dans le cadre de la vision. Ces images mentales produites par le cortex ne sont pas laissées au hasard : elles pourraient être liées à des souvenirs ou des attentes que nous avons. Même lorsque nous ferons simplement les yeux, le cortex continue à générer des images du monde extérieur à notre insu.

 

3.       Notre perception individuelle du monde et le traitement de celle-ci dans notre cerveau

Plusieurs chercheurs ont voulu comparer nos perceptions individuelles lors d’expériences visuelles collectives pour savoir si chacun percevait la même chose de la même façon. Pour cela, ils ont observé et comparé l’activité cérébrale des volontaires devant un film. La conclusion a été que l’activité cérébrale de chacun était fortement similaire, peu importe l’âge ou le sexe des personnes. Cependant, de nombreuses parties différentes du cerveau s’activent pendant le film. Visiblement, la reconnaissance des visages, les paysages ou les actions que font les personnages ne seraient pas traitées par la même zone du cerveau. Bien que nous ayons un sentiment d’unité lorsque l’on regarde un film, il ne s’agit en fait que d’un subtil mélange entre toutes les parties du cerveau qui analysent, détaillent et mélangent ensuite les informations traitées.

 

4.      L’influence de l’opinion d’autrui sur nos perceptions visuelles

Des chercheurs ont démontré que notre perception du monde est influencée par la pression sociale et que le coût émotionnel est immense lorsque l’on est en opposition avec un groupe de personnes.

Salmon Ash fit une expérience dans laquelle il demandait à une personne de montrer parmi 3 lignes, la ligne verticale qui avait les mêmes dimensions qu’une 4e ligne montrée à part. La réponse était évidente mais 7 « complices » venaient proposer une réponse erronée avant que le sujet ne puisse donner sa réponse. Dans 75% des cas, le sujet suivait ensuite la réponse du groupe. Avait-il conscience de son erreur ou sa perception du monde avait-elle été modifiée par la pression du groupe ? Plus tard, en refaisant cette même expérience avec des formes 3D et en regardant l’IRM de leur cerveau, 2 hypothèses sont proposées : soit l’individu a conscience qu’il se rallie à un groupe dont la réponse est erronée et dans ce cas, on observe des modifications dans la zone du cerveau qui traite les conflits d’activités cognitives, soit la perception de l’individu est altérée par conformisme, ce qui a pour conséquence une altération au niveau de l’air du cerveau qui agit sur la perception de l’espace et de la vision. C’est la seconde hypothèse qui est retenue. En conclusion, il est donc possible d’influencer des parties du cerveau qui traitent les perceptions visuelles. Il faut donc se questionner sur la valeur d’un témoignage visuel ou auditif.

 

5.      La reconnaissance des visages

La reconnaissance des visages est une tâche qui requiert un travail de traitement et de mise en mémoire intense.

On a mené des travaux sur des personnes qui, à la suite d'une lésion cérébrale, ont du mal à reconnaitre les visages, les formes, les couleurs ou les objets. Cela s’appelle l’agnosie visuelle et il en existe différents types :

·        L’agnosie visuelle pour les catégories biologiques (ne reconnait pas les animaux, plantes);

·        L’agnosie visuelle pour les couleurs;

·        L’agnosie visuelle pour les images (reconnait les objets mais pas lorsqu’on les montre sur des images ou photos);

·        L’agnosie visuelle pour les objets (ne peut pas nommer ou expliquer l’utilisation de l’objet alors qu’il sait l’utiliser);

·        L’agnosie visuelle spatiale (ne reconnait pas les lieux familiers, ne sait pas s’y repérer);

·        L’agnosie visuelle pour les visages ou prosopagnosie (perçoit les différences entre 2 visages mais impossible d’identifier à qui il appartient que ce soit le visage d’un proche, d’un acteur célèbre ou son propre visage. Parfois, ne reconnait pas non plus l’émotion sur le visage).

Une agnosie pour les visages ne signifie pas que la personne ne peut pas reconnaitre quelqu’un grâce à sa silhouette, par exemple. Ce qui prouve que la reconnaissance faciale n’est pas analysée dans la même partie du cerveau que l’analyse générale du physique de quelqu’un.

A présent, on connait mieux les différentes opérations nécessaires à une reconnaissance du visage :

·        analyse des caractéristiques physique : détermination de l’âge, du sexe;

·        analyse des traits faciaux  et des invariances de celui-ci (reconnaissance de face, de profil, de dos, avec différents éclairages, de loin;

·        confrontation avec les images gardées en mémoire;

·        reconnaissance du visage.

Chez les personnes atteintes de prosopagnosie, l’une de ces 3 premières étapes est perturbée.

Les chercheurs ont également voulu savoir quelles zones exactes du cerveau permettaient la reconnaissance des visages et leurs fonctions individuelles. Voici ce qu'il en ressort :

·        Le gyrus occipital inférieur reconnait les yeux ou les cheveux.

·        Le gyrus fusiforme a comme rôle de différencier les visages les uns des autres et de déterminer s’il s’agit d’un visage connu ou  non.

·        Le cortex temporal inférieur sert à extraire les informations stockées pour une personne connue.

Pour étudier les cas de prosopagnosie, les chercheurs se sont ensuite penchés sur le mouvement pour rendre les conditions plus naturelles. En effet, il nous est possible de reconnaitre des personnes ou même de déterminer leur sexe uniquement à la façon dont ils bougent (notamment le visage).

Pour reconnaitre le sexe d’une personne à sa façon de bouger, il semble que ce soient les mouvements souples du visage qui permettent d’obtenir cette information. De plus, on a remarqué que les femmes avaient moins souvent tendance à exprimer des émotions de façon asymétrique sur le visage. Enfin, retourner le visage d’une personne empêche l’identification. Le processus de reconnaissance via le mouvement ne fonctionne plus.

Ces découvertes permettraient d’améliorer les systèmes de sécurité de reconnaissance faciale : ils pourraient dès lors prendre en compte le mouvement. Idem pour améliorer les performances des acteurs virtuels dans les films d’animation.

 

Sources :

·        Winckler, L. (2005) Nouveau regard sur la vision : enjeux, recherches, perspectives, CLM éditeur : Paris


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